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Posté le 21 mai 2010 dans Après le feu, Impressions, presse / textes -> lien permanent
Violaine Boutet De Monvel :
Jacques Perconte, L’image Numérique, Et Le Sublime

D’après Jacques Perconte, the Digital Image, and the Sublime by Violaine Boutet de Monvel
Digitalarti Mag (Paris), no. 2, Avril-Mai-Juin 2010 / traduit par Arjan Kok

Dgitalarti #2 - double page

L’artiste français Jacques Perconte initia en 2003 une série de films numériques qui explorent le paysage, et surtout son image, et qui accueillera cette année son sixième rejeton, Impressions de, une référence et révérence aux Impressionnistes  auxquels il a toujours été incidemment rapporté par la critique.

Comment ne pourrait-il pas l’être? Grâce à  un travail méticuleux et artisanal de compressions multiples, de collages et de superpositions, Jacques Perconte raconte l’histoire de la pixellisation structurelle et vibrante qui donne une nouvelle expression formelle à  tout changement simple de la lumière et du vent, qui, entre autres, anime doucement ses paysages vidéo. Comme les Impressionnistes usaient autrefois de coups de pinceau morcelés de couleurs non mélangées pour traduire en termes plastiques la lumière et la chaleur qui ont capté ce paysage d’un instant, Jacques Perconte utilise les imperfections évidentes ou les aberrations – on pourrait dire dans une époque qui fait l’éloge d’une définition de plus en plus déterminée- de ses images qu’il a soumis à  une énorme perte de données. « Un bug n’est pas une erreur pour le programme, il ne devrait pas en être une pour moi ”, dit-il.

Une promenade chanceuse est à  la source de tous les films de la série, car l’artiste se déplace souvent avec une caméra à  portée de main, comme les Impressionnistes avec leurs tubes de peinture et chevalets. Pour Impressions de (2010), Jacques Perconte recueille actuellement des images en Normandie, suivant un sentier de pèlerinage qui suit les peintres de la fin du XIXe siècle. Tous les autres films uaoen (2003), uishet (2007), Pauillac-Margaux (2008), Le Passage (2009) et Après le feu (2010), ont été tournés en transit, à  partir de la fenêtre d’un train, une voiture, ou même en navigant en bateaux. Quelle que soit la connexion spéciale et romantique que Jacques Perconte peut avoir avec la nature qui se déroule sous ses yeux au moment de l’enregistrement, la narration numérique derrière le paysage se dévoile de retour à  son studio, jour après jour, compression après compression, aberration après aberration, couches après couches, jusqu’à  ce que l’instinct de l’artiste et sa sensibilité lui indiquent que l’oeuvre est finie. Qu’y a-t-il?

« Les scénarios de mes films sont dictés par la géographie des paysages, ainsi que l’histoire qui se déroule au cours de leur perception. D’une certaine façon, ils sont des promenades. Le récit s’installe dans les transformations dont l’image souffre. D’abord et à  priori naturaliste, cela met l’accent sur le paysage, sa plasticité ; il devient alors moins objectif, peut-être plus impressionniste. La lumière dessine, la couleur magnifie, la matière l’emporte, et, enfin, le paysage devient peu à  peu abstrait. Familier d’abord, il devient un espace expressif et mental. « (Jacques Perconte)

Ainsi, dans chacun de ses films, le récit est l’histoire d’un changement fantasque et progressif de l’impression initiale du paysage de l’artiste contemplée par son viseur à  son expression numérique sur l’écran de l’ordinateur par le biais des éclats de pixels colorés et fourmillants ; de la surface plane et l’apparence d’une image vidéo à  la richesse organique et plastique qui se cache derrière le voile mince de la haute définition; du Naturalisme à  l’Impressionnisme, et même dans une certaine mesure, le Fauvisme, si nous poursuivions ce jeu de comparaisons contingentes; de la perception et l’enregistrement original à  l’imaginaire infini, l’image peut donc être transmise à  travers les yeux des spectateurs. « Nous ne distinguons plus l’image du paysage, nous voyons le paysage de l’image”, dit l’artiste.

L’abstraction progressive de l’image en elle-même après l’introduction de l’exposition systématique à  son référent originel et naturel, un paysage réel qui donna naissance à  chaque film de la série, est en fait ce qui permet à  l’image même d’être un espace mental: en perdant lentement la prise sur la réalité, le film devient un paysage qui lui est propre et son récit, même si il s’impose magnifiquement, n’est ni dictatorial, ni conceptuel, ni même trop technique (contrairement à  la production de longue haleine). Il est naturel pour le spectateur de prolonger les films de Jacques Perconte avec sa propre mémoire et imagination, car ils ne prétendent pas autre chose que de bercer notre sensibilité, peut-être notre sens de la beauté. Dans une certaine mesure, l’expérience est proche de l’écoute de la musique. Flânerie est peut-être le seul mot d’ordre.

Avec Après le feu (2010), créé lors d’un voyage en Corse après un incendie de forêt, Jacques Perconte a ouvert une nouvelle dimension symbolique à  ses paysages. Comme nous l’avons compris plus tôt, les travaux de l’artiste et ses expériences sont en communion avec les résultats dangereux que les programmes de compression des données peuvent rendre. Pour son dernier film, tout en recueillant avec soin et en combinant des bugs ou des aberrations dans ses images, il a réussi à  créer l’illusion d’une profondeur dans son décor qu’il n’existait tout simplement pas dans le paysage d’origine corse. Sur l’écran, dans une vallée qui semble suivre le cours du train, à  l’arrière de laquelle l’artiste enregistrait des images, succède progressivement un vide immense, vertigineux, pixélisé, sous les voies. En d’autres termes, tout en tournant lentement son attention de l’extérieur à  l’intérieur, du paysage perçu à  son expression numérique, l’image réécrit littéralement et radicalement sa topographie naturelle afin de raconter une histoire entièrement nouvelle. Pourtant, et pour couronner le tout, du début à  la fin, le film ne cesse jamais complètement de dépeindre la nature en dépit de tous les pixels aliénants, restés connectés à  ce qui était autrefois la lumière chatoyante qui frappait les feuilles d’un arbre. Non sens?

Les tours de magie de Jacques Perconte permirent à  l’image de Après le feu non seulement d’être libéré, détrônant Mère Nature pour le Grotesque, mais aussi de devenir folle! Au cours du processus, il a gagné une âme qui est prête à  réinterpréter radicalement notre perception contre nos sens -l’expérience empirique de l’extérieur-, tout en nous jetant dans son corps variable, infini et inépuisable. Il nous emmène sur une chevauchée fantastique qui nous  inspire un sentiment accablant de Sublime. Si la série de paysages de Jacques Perconte peut être proche de l’esthétique des Impressionnistes, en passant ses paysages on ne peut plus romantique, pour leur beauté qui reste toujours « liée à  la forme de l’objet », qui est en fait représenté par une ‟ infinité ”( Emmanuel Kant, Critique du jugement, 1790). Jacques Perconte réussit à  concilier la beauté avec le Sublime dans sa Flânerie numérique contre l’idéal et la compréhension actuelle de la perfection de haute définition. Loin d’être reçu à  nouveau comme froid, conceptuel et trop technique, ses abstractions numériques vibrent, ressentent et nous provoquent.

 

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