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Posté le 7 novembre 2007 dans 38degres, écrits / notes, I love you -> lien permanent
Du Début Jusqu’à  It’s All About Love !

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Corps numériques, 2002, collection les arts au mur, Pessac

En 2003, Didier Vergnaud, éditeur, me propose de faire un livre de photographie. A ce moment là  je travaillais sur des série où le corps, sa peau, ses modelés, ses contours rencontraient les pixels, les trames, les saturations de l’image numérique, les déformations de la projection d’une image sur un écran, ses défauts…. Il se cristallisait une histoire entre l’image et son support, c’est là  que je cherchais toute la sensualité, l’érotisme et la magie de la couleur et des formes. J’avais rencontré Isabelle depuis quelques mois quand Didier m’a parlé du livre. J’ai tout de suite pensé à  faire ce livre avec elle comme modèle. C’était peut-être l’occasion de pousser deux histoires et deux passions en même temps, peut-être l’occasion de les croiser… certainement le moyen d’aller plus loin et de poursuivre mon parcours vers une oeuvre qui soit plus totale…

A partir de là  j’ai commencé à  photographier Isabelle avec en arrière plan cette idée de livre. Je l’ai photographié chez elle, chez moi, en studio, sous des lumières différentes, cela continuait notre histoire. Et puis j’ai commencé à  regarder ces images sur l’écran de mon ordinateur, j’ai commencé à  les tourner, à  les regarder de côté, à  essayer de voir ce que j’avais pris, à  aller plus loin dans l’image qui était là  pour faire de nouvelles photographies. Quand l’image était pas assez claire à  mon gout, quand les couleurs ne tendaient pas vers là  où je voulais, je jouais avec mon appareil et ses bricolages pour capturer ce que je voulais…. Et ainsi faire de nouvelles images que je regardais encore et que je regardais ailleurs pour voir quelles rencontres elles pouvaient faire : un écran de vidéo projecteur, une télévision, un écran plasma, tous ces écrins n’ont pas la même peau, ne racontent pas les couleurs de la même façon…

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38 degrés, première séance en studio, théatre de la gaité Lyrique, Paris, 2003

J’ai voulu garder la technologie loin, aucune image n’a jamais été retouchée (trafiquées) intentionnellement dans un logiciel, je n’ai fait que les afficher, c’est avec les réglages des écrans, des appareils photo, avec le mouvement qu’elles ont évolué. Ce sont des captures, des rêves qui ont pris forme à  un moment donné là  sous mes yeux alors que je manipulais des machines… C’est ce qui s’est passé devant l’acra, entre le corps et moi, là  où il fait plus ‟ chaud ”. j’ai en parlant de cette chaleur, de celle près du corps que j’ai appelé le livre 38 degrés.

38degrés, à  suivre, selisa - 200168 - composite,  2004
Nouvelles photographies d’isabelle, seconde génération, 2003

Je me suis vite retrouvé avec des milliers d’images et le cycle pouvait continuer à  l’infini… je pouvais faire des millions d’images. Mais j’étais dans la même situation que face à  une toile où tout est possible, il suffit de faire des choix. Cette collection immense contenait une quantité de livre dont un seul allait exister. J’ai trié mes collections. J’ai fait des choix. Des suites ‟ narratives ” sont apparues, les formes et les couleurs se racontaient, indépendamment de leur histoire, les images s’enchainaient, se parlaient…

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38 degrés, Square n°165, 2005

Un livre… un livre comment, presque directement je suis allé vers le carré, j’ai eu envie de faire un livre carré, rempli de formes carrées de tailles différentes, de couleurs différentes. J’ai eu envie de faire un livre sur la couleur, sur la peinture. Indirectement je savais que mes amours avec la peinture américaine des années 50-60 allait finir par ressurgir. Je voyais dès le début cette double page d’introduction d’un nu de dos décadré où le corps serait presque perdu dans une immensité de noir, l’image prenant toute la page face à  une seconde page où un petit carré noir semblerai baigner dans le papier. Rapport entre deux formes, entre le papier du livre et la couleur, entre le livre et l’image. Tous les éléments sont parties intégrante de l’oeuvre, le livre est un support à  envisager comme la toile. Comme quand je fais un tirage, le papier doit être dans l’image, il doit faire partie d’elle, ce n’est pas que ce qui est derrière ni dessous, il donne au corps.

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38 degrés, maquette de la premièe double page, 2005

Un an plus tard, toujours en train de faire des images, je décide de pousser ce travail plus loin dans l’ordinateur. Qu’est ce que c’est un ordinateur ? C’est une machine à  calculer des choses. L’image est une de ces choses calculées. A priori un ordinateur cela permet par la disposition de paramètres et de formules de savoir des choses qu’on ne sait pas. Qu’est ce que je cherchais dans ces images ? J’étais de toute évidence à  la recherche d’un infini. J’aimais (et j’aime toujours) Isabelle. C’était là  quand je la photographiais, j’étais avec cet amour. Mais maintenant que je jouais avec les images que j’y cherchais des choses, où était cet amour était-il toujours présent dans les images ? Le seul moyen de le savoir était de créer un ‟ logiciel ” qui pourrait répondre à  cette question. Finalement quelle quantité d’amour était contenue dans chacune de ces images ? Je me trouvais face à  un problème mais en fait ces images n’existent pas. Elles sont numériques elles s’affichent quand je le demande, mais sinon, elles ne sont pas vraiment là . Ce qui existe ce sont des fichiers qui quand ils sont interprétés permettent de calculer l’image. Je la vois tout le temps pareil parce que l’’ordinateur la calcule de la même façon. Mais sur deux écrans différents elle peut être sensiblement différente. Et si je l’imprime, elle sera différente encore. Ces images sont dépendantes d’une quantité de paramètres inimaginable. Donc l’image existe quand elle s’affiche. Afficher deux fois la même image c’est lui donner deux existences. Alors cette quantité d’amour qui serait contenue pourrait être différente.

Je me suis souvenu de l’internet des années 90, plus particulièrement de l’apparition des images sur les sites internet. Les premières étaient des GIF. Un type particulier limité techniquement qui ne permet pas de reproduire des images avec plus de 256 couleurs. Ont suivi les JPEG, un type plus complexe qui permet de reproduire les images avec beaucoup de fidélité. Ces encodages, ces techniques de portage des images en tant que fichiers permettent de limiter leur taille, leur poids, pour que les images prennent moins de place sur l’ordinateur. Tout ce la pour rappeler à  quel point elles sont liées au calcul. Donc quand les premiers jpeg sont apparus sur les sites il arrivait qu’une image n’arrive que partiellement. Cela entrainait parfois des déformations étranges dans l’image. Le sujet était la plupart du temps bien lisible mais les artefacts numériques qui apparaissaient le mettaient en rapport directement avec son statut de reproduction numérique. De temps en temps l’image pouvait totalement se transformer en une composition abstraite où les couleurs étaient étonnantes, ou les formes guidées par la mathématique s’organisaient en fonction de ce qu’il avait été possible de reproduire du modèle. Plus il manquait d’informations contenues dans le fichier, moins l’image était reconnaissable. Plus le calcul devait faire avec moins, plus il quantifiait sa liberté.

i=i&ii=11&iii=130
I love you, i=i&ii=11&iii=130, 2005

Sur la base de ce souvenir j’ai écrit une application pour un serveur web, pour créer un site internet. J’ai pris plusieurs collections d’images de 38degrés, je les ai mises sur un site. A chaque fois qu’une image doit s’afficher, l’application est appelée. Une variable, un binôme de chiffres et de lettres, est calculé selon des principes qui jouent avec les nombres magiques, les réalités historiques des mathématiques et de l’art : pi, le nombre d’or…, mais aussi avec tous les paramètres physiques de la connexion qui a lieu : l’heure, la date où la personne se connecte, son adresse sur le réseau…. L’application ouvre le fichier de l’image appelée, il le transforme en un code hexadécimal. Elle parcourt le code et cherche des occurrences de cette variable. A chaque fois qu’elle le trouve, elle la remplace par ‟ I love you ”. C’est ainsi que par exemple AEH8L7jjBL2PzTH1KN3NNt7LjDZ2 peut être remplacé par AEH8L7jjBL2PzTH1K I love you NNt7LjDZ2. Cela peut arriver une fois, deux fois, sans limite autre que le code lui-même. Ce code décrit l’image. Quand les ‟ I love you ” viennent remplacer des tronçons si petits soient- ils, l’intégrité de la description est brisée. Ensuite le code est à  nouveau traduit dans sa forme originale. Puis l’image s’affiche enfin sur la page du site.

Ainsi si des ‟ I love you ” ont été écrits dans le code, son interprétation peut laisser à  désirer dans le beau sens du terme, c’est qu’elle peut masquer ou altérer de façon assez sensuelle l’image et la laisser baigner dans un certain mystère. Mais de temps en temps l’image est totalement bouleversée, elle prend une nouvelle nature, elle sort de la représentation au-delà  du partiel, il n’y a même plus d’indice de ce qui était. Les artéfacts que l’on retrouve presque systématiquement sur toutes ces déformations entrainées par le s‟ I love you ” deviennent le sujet de l’image. Il se peut encore que l’image soit tellement incompréhensible qu’elle ne soit même plus une affichable et qu’elle cède sa place à  une icône brisée î signe de la non interprétabilité de la représentation. En gros : moins on voit l’image, plus il y aurait de ‟ I love you ” : moins de représentation = plus d’amour. C’est calculé, c’est littéralement écrit dans le code. Chaque trace, chaque déformation est un signe d’amour latent, le croisement entre ces deux histoires, celle avec l’image, celle avec Isabelle.

600 1200 22
I love you, 600 1200 22, 2006

Cette pièce s’appelle ‟ I love you ”. A chaque fois que je la présente je refais une version du site internet. De temps en temps je change de collection d’images. Sur la plupart des versions quand l’image vient à  ne pas s’afficher, à  côté de l’icône brisée apparait la citation de Roland Barthes extraite de ‟ fragments d’un discours amoureux ” : 4. Vouloir écrire l’amour, c’est affronter le gâchis du langage : cette région d’affolement où le langage est à  la fois trop et trop peu, excessif […] et pauvre […]”.

i=i&ii=29&iii=135
I love you, i=i&ii=29&iii=135, 2005

Et puis l’histoire continue. Ces images qui s’affichent de temps en temps altérées sur mon écran donnent à  voir de nouvelles perspectives imaginaires, de nouveaux aplats, de nouvelles couleurs qui en suivant le corps échangent avec la poésie originale des notes inattendues et souvent merveilleuses. Certaines altérations sont fréquentes, d’autres extrêmement rares. Je me suis mis à  collectionner ces images. Et cela a prit peu de temps avant que je ne me mette à  les photographier aussi. Certaines sont tellement là , ; que je dois aller plus loin parce qu’elles ouvrent de nouvelles portes. Le cycle est infini. Mais je fais des choix. Tout se tient là , de tout cela il ne reste est n’est accessible que ce que je choisis de garder, de mettre dans le livre, de montrer, d’offrir et de céder.

I love you - im n°186, S=2000µ2, le 2007 05 09.13.17 ; Ily=28, Q=5
I love you – im n°186, S=2000µ2, le 2007 05 09.13.17 ; Ily=28, Q=5. Tirage numérique sur support argentique, contrecollé sur alluminium sous plexigas, 500x500mm. 06/2007. Collection privée

‟ It’s all about love ” est la première exposition de photographies issues de toute cette démarche. Pour la première fois la collection d’image exposée rassemblera des images directement issues des séances avec Isabelle, des images re photographiées, des I love you numériques, des photographies de I love you …

It’s all about love
du 17 janvier au 17 avril 2008
Galerie les arts au mur, Pessac

 

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