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Posté le 12 novembre 2007 dans dérives, ici et là dans le monde -> lien permanent
Concentrer L’énergie Du Monde Dans Ses Mots

NyBc A

On m’a pas mal parlé d’Augustin Gimel ces derniers temps. C’est un cinéaste dont on me conseille vivement de découvrir l’oeuvre. Alors naturellement je suis allé sur internet voir ce qu’il apparaissait de cette oeuvre en ligne. J’ai ainsi découvert son site où l’on peut apercevoir quelques fragments fixes et lire quelques lignes. De ces lignes quelques unes m’ont arrêté net :

J’arrive le 10 septembre 2001 à  New York par un avion en provenance de Los Angeles. La pluie m’accueille tandis que je rejoins l’appartement de la 11e rue où j’ai loué une chambre. Le lendemain matin, une clameur venant de ma fenêtre ouverte me réveille, la deuxième tour du World Trade Center vient de s’effondrer. Je prends ma caméra et me dirige vers le quartier des finances, tout au sud de Manhattan.

D’abord j’ai ce sentiment assez fort qui se construit à  la perception du titre qui s’appuie sur le début du texte : il était là  le 11 septembre, il a vu et ce sentiment se développe au fil des lignes. Il a filmé. Qu’aurais îje fait ? Est-ce que ce sentiment est porté par l’envie enfouie d’avoir été à  sa place ? Où se situe le vertige qui remonte à  la surface ? Déjà  j’aurais aimé être en voyage, peut-être l’étais-je mais pas là -bas. Je ne lie pas cette période à  une temporalité réelle. Je me souviens que je donnais un entretien à  une journaliste sur fond de cnn quand les premières images sont apparues. Bref. Il était de l’autre côté et il a filmé. J’aurais certainement fait la même chose. Mais pour quoi ? Pour concentrer cette énergie du vertige et la fixer sur un support et partager à  jamais cette explosion du monde fragile. Catharsis, je n’aurais pas pu échapper à  ce défaut culturel. Je n’ai pas vu son film. Il est certainement bien, je fais confiance à  ceux qui m’ont conseillé. Mais c’est un geste certain de cette concentration de nos désirs à  canaliser l’énergie fascinée de notre dépendance au monde des images. La mémoire instantanée du malheur qui devient l’icône de ce à  quoi on a échappé, de ce qui nous pend au nez, cette mémoire imagée devient le courant porteur de beaucoup de choses ici-bas.

Le mémorial fait du bruit, celui de Berlin ne cesse de faire couler de l’encre. Le souvenir et fondamental, il ne faut pas oublier, mais la figuration de la mémoire doit trouver sa forme dans le présent, je n’ai rien fait sur ce qui s’est passé le 11 septembre. Je n’y étais pas. Mais j’ai réfléchi de longues heures à  cela.

Il s’est passé des choses. L’horreur a détruit des vies et a bouleversé les vivants. Est-ce que cela n’appelle pas au changement ? Se souvenir là , est-ce que cela se fait dans la réserve et l’austérité ? il faut replanter la vie. Il ne faut pas oublier ce qui s’est passé mais il ne suffit pas de souffrir et de se laisser aller pour faire le deuil, il faut avancer, faire en sorte que cela ne soit pas un rien qui s’écrive dans la pierre et qui nous tire vers le bas sans cesse. Cela ne doit pas nous lier à  notre mort pour toujours ce n’est pas dans notre nature.

La société travaille assez à  véhiculer une certaine culpabilité, les medias à  émanciper chaque fragment de peur pour que jouions pas à  ce jeu de la mémoire triste. Nous perdons ceux que nous aimons, ceux que nous ne connaissons pas. C’est la vie. Filmer son départ, écrire cette intensité du cri de la séparation pour rappeler que cela nous concerne tous, pour évacuer ses peurs et les contracter, pour jouir de ce déséquilibre est quelque chose de délicat. Je pense que l’on peut vite passer du côté sombre, où l’on se sert du malheur en puissance, du malheur figuré pour devenir plus et bien au dessus des autres, parce qu’écrire cela peut-être dominer celui qui lit. Que l’écriture soit visuelle, sonore, littéraire… les mots passent d’un aux autres. Si ce mouvement ne sert que l’égo et prévient la peur, je ne suis pas sur que la portée soit salvatrice.

Mais beaucoup lisent pour avoir peur. On regarde des films pour s’effrayer, on passe des heures devant des séries pour éloigner le malheur, désacraliser la peur î se dit-on. Mais en fait on la fige, on la tient bien au chaud près de notre coeur et avec le temps ses bras finissent par enlacer le muscle et à  le serrer de plus en plus. Alors il faut se protéger.
Quel plaisir a-t-on à  regarder une série policière où des voisins amicaux et sans histoire deviennent les pires prédateurs ? La résolution de nos peurs est soutenue par la force d’esprit et la technologie, deux des armes des services d’ordre. Mais qui protègent-ils ? Les futures victimes ? Car nous sommes systématiquement spectateurs de la violence et de la mort qui frappe. Y’a-t-il une série où ces forces protectrices préviennent et évitent le malheur ?

NyBc B

État de choc. Le onze septembre Augustin Gimel prend sa caméra capter ce que de la réalité de cette apocalypse depuis sa position sécurisée il peut voir. Il est en sécurité. La peur qui peut se tenir là  est bien loin de celle de celui qui tenterait de se promèner au coeur de Bagdad.
J’aurais pris ma caméra, mon appareil photo, tout ce que j’aurais pu avec comme préoccupation pour les premier pas l’électricité î ressource fondamentale à  ma protection contre l’horreur. Qu’on vécu ceux qui n’ont pas pu filmer ? Ceux qui n’avaient rien pour filtrer et canaliser tout ce qui se passait ?

Le film témoigne de ce qui est, nous fondons notre foi sur l’expérience tactile de la vision, je touche, je vois, je crois. La mémoire se tient au mémorial, au monument. Quelle vie ont ceux dont la culture ne se tient pas là , dans et par l’image ?

Augustin Gimel / Etat de choc
ill. Jacques Perconte, Nybc, Dyptique Gif, Paris, 2007
500x500px, Gif, Noir et blanc, New York 2001
3124x3124px, Gif, Noir et blanc, New York 2001

 

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