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Posté le 21 avril 2009 dans écrits / notes -> lien permanent
L’ENTREPRISE COMME Mà‰DIUM

J’aimerais envisager l’entreprise comme un médium. Depuis quelques années il est souvent question des relations entre l’art et l’entreprise. Il semblerait que cela soit un sujet délicat qui confronte deux univers s’excluant au possible. Les lois de l’entreprise contraindraient la liberté d’expression. L’artiste en s’engageant dans une lecture ou une collaboration y perdrait sa déontologie voire son salut. Les seules relations à  priori possibles seraient celles qui excluraient toute réciprocité. Bien sur je ne parlerai pas de l’art dans l’entreprise ni comme thérapie ni comme couverture murale. De la même manière je ne parlerai pas de l’art qui lit l’entreprise et garde ses distances pour y porter une critique.

Envisager l’entreprise comme un médium au même titre que la peinture ou la vidéo c’est comprendre ce qu’est l’entreprise, entendre ses réalités, y voir une mécanique et trouver la technique afin d’extruder une forme expressive.

Nous avons traversé une crise qui n’a pas fini de faire parler d’elle. Il me parait évident que l’entreprise doit trouver comment transformer sa place au sein de la société. Elle ne doit plus simplement être un moteur de production elle doit s’interfacer avec le monde tel qu’il est et accepter sa place. Il faudrait que l’on arrête de se raconter des histoires. Les pollutions, le gaspillage, l’ultra libéralisme sont des réalités. L’écologie doit être entendue au-delà  de l’environnement naturel. Il faut imaginer une forme d’écologie globale où la terre et les sociétés tiennent une place fondamentale. Les produits, les services, la communication ne peuvent plus se passer de qualité ni d’éthique.
2012 serait selon la plupart des calendriers ésotériques le moment du changement d’ère. Un changement d’âge où nos civilisations devraient vivre des bouleversements extraordinaires. Nous n’avons pas les moyens de vivre au niveau de vie que nous arborons. Nous le faisons au prix de l’équilibre de la planète. Qu’avons-nous à  y gagner si ce n’est quelques illusions de plénitude. Nous le voyons bien, tout peut se casser la figure instantanément. Et notre niveau de conscience est si faible que nous sommes capables de détourner le regard à  la moindre frayeur (la focalisation médiatique nous aidant à  ne rien voir).

Soyons honnêtes. Combien d’entre nous vont au de-là  des idées… Bref, tout cela va loin. Il faut refaire le monde.

Quel est le principal enjeu de cette perspective d’une entreprise pensée comme un médium? C’est de trouver quelle ligne tracer pour que le texte soit juste. La consommation est consciente, elle n’est pas conditionnée. Elle est compulsive. Nous surconsommons pour vivre. Les entreprises ont-elles besoin de surproduire pour vivre ? Ou courent-elles simplement après le profit ?

Quel sentiment avons-nous quand une entreprise offre le meilleur de ce qu’elle sait faire et qu’elle montre que c’est son principal souci. ‟Aide-toi, le ciel t’aidera ”. Une économie durable, puisque le terme à  la mode, ne peut pas simplement donner l’image d’un respect des hommes. Elle doit soutenir leur existence en sacrifiant le profit là  où il serait à  l’origine de la peine. Nous devons trouver comment faire confiance à  notre système. Et telles que les choses fonctionnent aujourd’hui cela n’est pas évident.

En janvier 2008 j’ai réalisé la pièce ‟soldes d’hiver” à  Bordeaux… Michard Ardillier est un magasin de chaussures tendance et de qualité. On ne peut pas dire que les produits y soient réellement bon marché. Mais ils sont souvent rares et courus. L’entreprise réussit bien et est devenue réputée pour la pertinence de ses choix et la dynamique de ses positions. Ses soldes d’hiver sont célèbres. On vient d’un peu partout pour s’arracher les objets précieux. Pour l’occasion le magasin est transformé et habillé. La chaussure est un objet convoité. Un objet de consommation courante. Beaucoup de gens n’emportent même pas les boites des chaussures qu’ils achètent.

Le magasin est situé au centre de Bordeaux. Il a une grande vitrine sur la très passante rue Sainte- Catherine juste en face des Galeries Lafayette et il a une autre très grande vitrine sur la Galerie Bordelaise. La galerie est un passage couvert en diagonale. C’est un monument classé. Il est géré par une copropriété qui regroupe la plupart des logements et des commerces du bloc. Ce qui fait que beaucoup des copropriétaires ne bénéficient d’aucune vue ni d’aucun accès sur ce passage. Ce passage a une obligation d’ouverture au public la journée du lundi au samedi. C’est un espace qui navigue entre sphères privées et publiques. Et lorsqu’il est question de mettre de l’argent dans son entretien les choses se compliquent vite. La galerie est infiltrée par les eaux, Les pierres des corniches tombent. Les verrières sont remplacées par des plastiques depuis longtemps.

En décembre 2006 j’ai proposé à  Colas Michard de réaliser une installation dans la galerie. Je voulais parler de l’art dans l’espace public. Je voulais parler de l’art et de la communication. De toutes les ambigüités des relations entre la production d’oeuvres par l’entreprise et l’image de l’art vendu. Je voulais parler de la consommation. Je voulais parler des rapports de l’art au public et au privé. L’entreprise était au croisement de toutes ces questions. Pierre-Pascal Michard a accepté ma proposition d’élever un mur infranchissable au centre de la galerie Bordelaise pour les soldes. Le magasin a conservé toutes les boîtes que les clients n’emportaient pas de décembre 2006 à  Janvier 2008. Nous avons élevé un mur de 6,50m de haut entre le 5 et le 7 janvier 2008. Et ce lundi-là , les Bordelais on découvert leur passage muré en son centre. J’ai co-signé les soldes avec le magasin : ‟Jacques Perconte & Michard Ardillier’s Soldes d’hiver” incluant ainsi les soldes dans ma proposition. Nous n’avons pas communiqué sur l’action. Nous n’avons demandé les autorisations (sous forme de proposition) qu’aux commerçants de la galerie en laissant de côté les autorités publiques. Le succès a été immédiat. Les médias se sont agités sur l’évènement. Le public a été un peu bousculé. Je pensais que les réactions officielles seraient rapides, qu’on me demanderait de retirer la pièce comme on l’avait fait pour Christo, mais le mur est resté debout huit jours…. La structure est restée le temps des soldes. Le magasin a fait de très belles soldes avec une progression conséquente par rapport à  l’année précédente. Et finalement des résolutions politiques ont permis de débloquer temporairement la situation de la galerie.

Est-ce que Michard Ardiller a été mon médium? De toute évidence c’est bien au travers de l’entreprise, de son identité, de son activité et de son magasin, ainsi que des contextes sociaux, théoriques et politiques que j’ai exposé mon écriture. C’est une occasion, il y aurait pu en avoir d’autres. C’est exactement là  que se tend le temps du médium. Pour quel résultat ? Une prise de place dans la rue. Pour dire au public que d’être vivant c’est ne plus être surpris d’être là  : être conscient de soi. Que de résister à  la pression est la première chose à  entreprendre. Cette coupure, cette obligation à  faire un détour (à  reprendre sa route puisque c’était un raccourcis), cette contrainte doit être vue à  la fois comme un pied de nez et comme une libération…

Bien sur, Michard Ardillier assume ses positions. Cela ne changera rien au monde. La tension dramatique n’est pas là . Elle est en nous. Rien ne changera si nous ne changeons pas. Ce n’est pas les medias qui nous changeront et qui referont le monde. Le mouvement doit venir de l’intérieur.

Michael Sellam a présenté l’installation ‟ scratch ” lors de la dernière nuit blanche. Il a travaillé avec une entreprise spécialisée dans la robotique de pointe dans la perspective de détourner de son usage un robot ultra-rapide. Ses intentions étaient principalement critiques. L’entreprise voyait là  un moyen intéressant de communiquer et de dessiner son image au travers de la visibilité de la nuit blanche. La collaboration a permis des expérimentations qui ont servi l’entreprise et ont certainement ouverts des pistes de travail pour l’artiste. Mais chacun est resté à  sa place.

Quelles sont les attentes à  priori de l’entreprise vis-à -vis de la production de l’artiste qui viendrait à  sa rencontre ? Est-il simplement question de plus value ? Soit l’artiste produira une image qui améliorera temporairement ou durablement la communication de l’entreprise, soit il se livrera la production de l’entreprise à  son imagination pour donner de nouvelles formes ou de nouveaux plans d’usages aux produits…. Doit-on parler de création artistique si on s’en tient cette entente cordiale ? Évidement que tout le monde peut s’y retrouver. Mais les non dits épuisent les possibilités. Pourquoi le modèle économique alors ne serait pas interne à  l’entreprise s’il ne s’agit pas avant tout de culture ? Sinon dans cette logique il faudrait que le ministère de la culture soutienne la production de la publicité.

Dans la relation de l’artiste à  l’entreprise, je vois l’impossibilité d’ignorer l’entreprise comme fondement du questionnement… Lorsqu’il oeuvre l’artiste ne se soustrait pas à  lui-même.

Envisager l’entreprise comme un médium c’est arriver à  se faire rencontrer deux hommes. C’est arriver à  assumer deux positions, deux réalités qui ne doivent en devenir qu’une le temps d’une oeuvre. C’est peut-être demander à  l’entreprise de s’incarner.

Faut-il des entreprises propres ? Il faut arriver à  dessiner des images vraies. L’ambigüité est réelle. Le profit est réel. La mauvaise qualité est réelle. Est-ce systématique ? C’est une question d’harmonie. Il faut accorder les paradigmes pour que l’écho ne sonne plus faux.

Si je prône ces idées c’est que j’ai envie de questionner le monde, notre monde avec d’autres moyens que ceux qui sont communs, j’ai envie d’écrire l’entreprise pour dire le monde. C’est ce que nous vivons aujourd’hui, nous vivons l’économie.

Il faut bien comprendre que je parle d’entreprise et pas d’industrie. Dans mon approche questionner la production industrielle dans le sens de la recherche aussi bien que dans l’exploitation de l’actif ne suffit pas. Il faut échapper à  la fuite des contenus. Il est à  mon avis fondamental que le sens et que le geste soient forts.

La création pourrait définir le moment de rupture où l’entreprise déciderait de transformer ou de moduler son rapport éthique à  la production, au commerce, aux hommes. Et si la plus value était humaniste ?

Jacques Perconte, premières notes, octobre 2008 r2

Je publie ce texte tard. J’ai commencé à  l’écrire il y a presque un an et j’attendais d’en faire quelque chose de concret. Et lorsque les choses traînent elles s’endorment. Alors aujourd’hui j’ai invité quelques personnes dans un espace encore privé : http://www.e-medium.org/ espace aussi au repos depuis un moment… Il s’y ouvre une discussion, vous pouvez me contactez si vous êtes intérréssés jacques.pecronte @rob technart.fr 

 

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