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Posté le 11 décembre 2008 dans Chi Ocsha -> lien permanent
PORTRAIT D’Artémisa G(A).

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PORTRAIT d’Artémisa G(A).
11 décembre 2008

Présenter Chi Ocsha est un exercice qui peut s’avérer assez difficile. C’est essayer de résumer une douzaine d’années de recherches en quelques minutes, c’est raconter une histoire qui change plus ou moins à  chaque fois. Je vais m’en tenir au second chapitre à  savoir : le portrait d’Artémisia G…

C’est presque par hasard que j’ai rencontré l’écrivain Piero Miccinari. C’était en 1989, j’étais de passage pas très loin du Lago di Bolsena au coeur de l’Italie, dans une petite ville perchée au dessus des vallées : Orvieto. Je m’étais levé très tôt pour échapper à  la foule de touristes que j’avais croisé la veille en cherchant un hôtel. Je voulais voir les premiers rayons du soleil dessiner les impressionnantes sculptures qu’il y a sur les façades de la cathédrale. Je voulais voir les lumière faire vibrer ces visages dont on m’avait tant parlé.

A l’époque Piero travaillait à  une édition en collaboration avec deux chercheurs, sur les histoires de figures humaines reconnaissables au travers les ages de l’art : un livre qui traçait le parcours de personnages imaginaires qui auraient posé pour les artistes les plus célèbres en défiant les règles du temps, de Fra Angelico à  Raphaà«l, tantôts anges, tantôt démons, quelques personnes entraient dans l’histoire.
Ici ils suivaient la trace d’un visage de femme qui apparaissait deux fois à  Orvieto, visage qu’ils avaient manifestement reconnu dans plus d’une trentaine d’oeuvres. Il était venu ce matin accompagné d’une photographe pour saisir l’image ce visage parmi ces centaines d’âmes représentées dans les scènes du jugement dernier. Piero parlait un très bon français et c’est comme ça que je l’ai entendu pour la première fois parler d’Artémisia. Au cours de ses recherches, il avait découvert un personnage féminin étonnant. Quelques textes et beaucoup d’images l’avaient mis sur les traces d’un mystère qui lui collait à  la peau, et si tous les personnages qu’il avait cru identifier n’en faisaient qu’un ? Cette idée m’avait amusée.

Depuis je lui ai souvent envoyé des documents qui auraient du l’intéresser. Jouant un jeu comme si ce personnage avait pu exister, et que son histoire avait continué, qu’au fil de mes voyages j’avais suivi ses traces. Qu’a chaque nouvelle étape je la retrouvais dans un livre, à  la radio.

Huit ans plus tard, Piero me téléphone. Il me raconte qu’il a fait une rencontre extraordinaire. Il a rencontré une Artémisia. Elle s’appelle Artémisia Gentileschi. Quelle coà¯ncidence. Quelques jours plus tard nous nous retrouvons à  Milan, où il me la présente. Piero s’était engagé dans un nouveau projet, Artémisia en était le sujet. Il voulait que j’y participe.

Il était question de travailler sur plusieurs livres en même temps : Artémisia travaillait sur plusieurs livres. Le premier à  la fois le plus commun et le plus mystérieux était la traduction d’un manuscrit ancien. Un de ces écrits qui s’est perdu au cours de l’histoire, qui caché pendant des siècles n’a jamais été imprimé. Ses origines douteuses l’on écarté des désirs de ses gardiens qui l’ont simplement conservé sans jamais l’ouvrir.

Artémisia est née en Amérique du sud à  la fin des années 60. En 1998, au moment où nous travaillons sur le premier livre, je ne sais pas vraiment qui elle est. Piero me la présente plutôt comme une historienne paléographe qui travaille sur d’anciens textes sacrés et ésotériques. Et j’ai ce sentiment de la connaître depuis toujours. Son visage est familier…

Artémisia était portée par une passion incroyable. Un des personnages les plus érudits et des plus compliqués que j’ai rencontré. Elle n’arrêtait pas de nous racontait des histoires et des légendes, des quantités de contes issus de ses lectures. Elle était très agitée. C’était assez difficile de travailler avec elle, elle était tout le temps en à  l’autre bout du pays, les documents qu’elle nous envoyait étaient souvent très hermétiques mais Piero tenait à  produire ce livre et moi au fil du temps, je m’y attachais, comme à  une sorte de rêve éveillé. Mais ce n’était pas un rêve, et avec du recul rien n’était plaisant.

Ce livre sur lequel elle travaillait, elle l’avait emporté sur une île au milieu de la mer adriatique où elle s’était isolée. Une petite île, nommée Palagruza où les bateaux ne s’arrêtent qu’une seule fois par semaine, ou il n’y a qu’un phare posé sur un rocher. Rocher qui abrita il y a des siècles un sanctuaire en l’honneur des héros de Troie. Sanctuaire où l’on a découvert une des copies de ce manuscrit.

Cette traduction la poussait certainement vers une folie incontrôlable. A moins que ce ne soit cette folie qui l’y avait conduite. Ou à  moins que ce ne soit moi qui soit finalement devenu fou. Ce n’est que depuis le début de l’année dernière que je connais réellement la vie plus ou moins plausible d’Artémisia dont le nom n’est pas Gentileschi. Le journal qu’elle a tenu depuis ses quinze ans sera l’objet du second livre que Piero veut éditer. L’histoire commence il y a très longtemps.

Treize cent trois. Elle se tenait debout au bord du lac. Elle regardait le bateau de Xvien revenir doucement vers la plage. C’était cet endroit de la côte, pas loin des petites îles où la forêt s’avançait dans la mer. Il n’y avait qu’eux qui vivaient là . On les avait chassé du village, elle, et son frère. […] Elle s’agenouilla doucement. Assez pour avoir les genoux qui touchent l’eau. Les petites vagues mouillaient sa robe. Elle laissait traîner ses mains sur la surface en regardant le ciel quand son corps s’affaissa et que sa tête heurta une pierre.

“Ce n’est plus comme si tout allait bien se passer.
“Et ce n’est plus de moi dont il s’agit.”

John Dee (1527-1608) et Edward Kelley (1555-1595). Le premier est un savant de la Renaissance, consultant de plusieurs souverains européens mais plutôt fidèle à  sa reine, Élisabeth Ire. Le second est un charlatan cultivé qui s’associa avec Dee pendant sept ans. Les deux hommes élaborèrent par séances de spiritisme la création de mots par un système de quadrillés un peu complexe dont ils ne livrèrent jamais les clés.

Artémisia a connu John Dee.

Ces textes ont été rédigés à  des siècles d’intervalles par des auteurs aux convictions philosophiques très diverses, qui n’employaient pas les mêmes vocabulaires techniques et poursuivaient des buts contradictoires.

Artémisia Gentileschi transforme ce qu’elle voit. Il m’arrive d’imaginer qu’elle n’est qu’un personnage de cinéma (de roman ?), elle a peut-être emprunté son nom (Artémisia Maddu Ocsha ?). Il y a beaucoup de choses que je ne peux pas vous dire : soit parce que je ne les ai pas encore réellement comprises soit parce que j’ignore si elles sont vraies.

Elle sursaute.
Elle flaire qu’on va l’étrangler.
L’authentique la tue c’est bien simple,
elle le sait indéniablement,
elle s’en gourre de manière horrible,
elle possède le flair du péril,
de la catastrophe,
comme tous les rats flairent le naufrage.

Imaginons qu’Artémisia soit en effet sur le chemin d’un destin fabuleux, on le sait, c’est une fille magnifique qui non seulement à  beaucoup de charisme et qui est si déterminée que rien ne peut l’arrêter ; Artémisia s’offre son destin, son passé et ses mystères font d’elle le personnage idéal de cette quête î elle sera celle qui parle. Imaginons qu’il soit ici î et pour de vrai cette fois-ci î la question d’une prophétie.
Artémisia sent qu’elle ne peut pas faire autrement que de nous convaincre. Elle est celle qui sait.

R.D.X. can be made by the surprisingly simple method outlined hereafter. It is much easier to make in the home than all other high explosives, with the possible exception of ammonium nitrate.

… Le Labyrinthe et le fil d’Ariane – Une enfilade indéfinie de salles dont les murs sont des portes – Une seule permet d’accéder à  la salle suivante – toutes les autres exactement semblables ouvrent sur des placards où l’on meure sans le savoir – ou sur des couloirs qui par un coude retournent aux salles précédentes.

D’Amérique du sud vers l’Europe. Des côtes méditerranéennes aux falaises de la mer noire, les milliers de kilomètres parcourus ont été l’occasion d’une collection d’images volées au coeur de souvenirs profondément écrits dans ces terres parfois à  peine foulées. Tous ces gens qu’elle a croisé l’on faite. Qu’elle les ais vu ou aperçu ou lu ou encore même simplement imaginés ? Cette veine culturelle vient bien de ces horizons.

Ange Allène d‘Aumont
Lisbone, 29 décembre 2005

Imaginez cette fille qui fait sienne chacune des histoires qui l’intrigue ou la passionne et où elle croit se reconnaître. Imaginez cette femme si secrète qui a tant voyagé.

Nous pensons et nous croyons ce que nous avons besoin de penser et de croire, c’est ce qui donne à  nos pensées et à  nos croyances, au cours de notre histoire, ce fond indestructible d’humanité qu’elles ont toutes. Tolsto௠a dit ce qui était nécessaire de dire à  l’instant où il l’a dit. Moi je viens ici aujourd’hui, et au présent, car c’est ici dans le temps de votre lecture que les choses prennent place, donner un son à  ces maux qu’un renouveau pourra éteindre.

Mercenaire. A mon échelle tous semblaient emportés par une passion indescriptible. La violence qui en découlait paraissait totalement exutoire, naturelle et nécessaire, rien ici ne pouvait l’arrêter. Je n’avais jamais rencontré de force pareille. Que ce soit de l’amour ou de la haine, rien n’avait le temps de traîner en hésitations. J’étais jalouse. Ils étaient si déterminés à  survivre…
Et j’en ai vu trahir cette foi que j’admirais.
Et je suis partie avec ce désir qui grandissait en moi de trouver une foi qui saurait porter mon âme.

Découvrir Artémisia ne peut se faire que dans cette atmosphère hermétique qui la définit si bien. Dans sa vie tout se mêle et se mélange. Sans cesse ses pensées se confondent à  la réalité et à  l’imaginaire que les espaces qu’elle croise lui exposent.

Et si c’était la seule dont l’ombre que projette le soleil sur le sol n’était pas soumise à  la même justice naturelle ?

Artémisia a assisté à  quelques uns des bouleversements qui ont fait l’histoire des 35 dernières années (pronunciamiento). Elle a vu ce qui se passait en Amérique du Sud, en Afrique centrale, en Europe centrale et du nord Artémisia a vu ce que les hommes sont et a décidé qu’elle ne serait plus comme eux, plus jamais.

Deux heures plus tôt Artémisia était encore à  l’aéroport, elle savait bien que d’arriver plus tôt, que de s’installer quelque part n’aurait pas été judicieux. Deux heures pour se préparer, louer une voiture et trouver Frederico M. Bien sà»r elle était déjà  venue, bien sà»r elle savait où le trouver, et surtout quel était son programme précis ce jeudi de novembre.

Peut-être ce livre plaira-t’il à  la fois aux personnes très crédules et à  celles qui sont particulièrement incrédules. En fait, il n’a pas été écrit à  l’usage exclusif des unes ou des autres, mais pour les hommes et les femmes qui font la part des choses î ceux qui comme Krishna mà»rti, savent voir le faux dans le vrai et le vrai dans le faux.

Comment comprendre ce qu’elle nous raconte ? Elle se présente à  travers des textes qui retracent plusieurs moments de son existence : la recherche de ses parents, les époques troubles et initiatiques durant lesquelles elle voyageait sans cesse à  la recherche d’une vie ou de quelque chose en quoi elle pourrait croire. Artémisia nous parle aussi d’images qui ont fait d’elle ce qu’elle est. Cet assemblage de formes et de textes peut paraître désordonné mais c’est la seule façon de la connaître, c’est ce qui la définit le mieux : il se passe tellement de choses simultanément qu’il est difficile d’en sortir un trame unique. C’est encore pire dans le code.

Celui qu’on appelle le ” livre des âmes “, “le livre du chaos”, n’est pas une légende. C’est un recueil de textes dans une langue qu’on ne parle plus depuis des siècles. C’est certainement la seule trace de cette langue dont l’écriture était interdite [...]. Ce que Artémizea Gentesco Letsci (Gentileschi), sous le nom d’Artémisia Maddu Ocsha, signe ici en serait une traduction. Pour être plus précis, ce qu’elle nous présente en est une vision.

Treize cent trois. On l’avait retrouvée pendue au mat d’un bateau de pêche. Il était parti en mer deux jours plus tôt. Elle ne faisait pas parti de l’équipage. On dit qu’elle avait erré plusieurs jours avant qu’on ne la voit aux alentours du port. Et on s’en souvient parce que personne ne comprenait ce qu’elle disait. On l’avait retrouvé sur un bateau vide dont le bois était si glissant que personne n’arrivait à  s’approcher du mat pour la descendre.

Je t’embrasse
Je te serre, je déchire toutes ces larmes de tissus et de cuir de chair et de muscles
Je défonce tout ce qui empêche ce vrai corps
De passer au-delà 
De couler
De baiser
Le sol sacré de ces terres
De charbons et de sang
De feuilles vertes
De lacs et d’eaux encore en glaces

Fiction : l’histoire d’ Artémisia Gentileschi, tueuse professionnelle prisonnière des méandres de son hystérie, des images, de la culture… Elle n’a qu’un seul moyen pour s’en sortir : trouver une voie à  travers toutes ce que lui offre la réalité (ici la fiction).

Je te serre
Sans que
Rien ne se passe
Pour que tu laisses
Pour que tu effaces
Et que tu saches
Que rien ne sera
Jamais plus comme
Ni proche
De ce qui fut
A toi
Pour toi
Pour ces territoires
Qu’il te faut
Que tu dois
Atteindre

Bien sur le collage d’images et de mots ne procède pas du hasard. C’est le résultat de l’histoire. Tous les éléments se sont additionnés, et la mise en scène en a découlée. Tout est vrai, chaque forme a son origine cachée depuis la fondation jusqu’à  aujourd’hui.

Je t’arracherai les yeux
Je t’arracherai le coeur
Je t’arracherai à  toi
Sans que tu ne saches
Ni ou et quand
Ou comment

Il y a plusieurs façons de raconter Artémisia, certainement des milliers. La plus sure pour la rencontrer c’est de la lire, c’est le seul endroit où se sont figées des choses qui s’échappent, des choses qui d’habitude résident à  la croisée d’autres chemins dans d’autres lieux, dans d’autres dimensions. Je ne parle pas de fantastique ni de science fiction, mais de la réalité, celle qu’ Artémisia fréquente, à  une vitesse bien supérieure de celle à  laquelle vous êtes habitués.

Je t’arracherai le mieux
Du possible autant
Que je le pourrai
Ce qui correspond en temps
A quelque chose comme
L’éternité

Je te serre
Je t’éteins
Je t’étouffe
Je t’aveugle
Pour que
Tu ne te retournes pas
Vers ces mirages

 

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