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Posté le 30 mars 2003 dans presse / textes -> lien permanent
Soré Arène :
Premier Contact

tempo e pause, ordinary madness
par Soré Arène

A contre-courant des pensées et de la mode, quelques jeunes artistes produisent des images en dehors des logiques de l’actualité. Ils mettent en avant la beauté, la force à  travers un travail pictural étonnant. Ils explorent les technologies numériques qu’ils considèrent comme un moyen alors que d’autres y cherchent encore une solution. Ils profitent de la nouveauté et les spécificités de ces supports et de ces outils pour réapprendre à  bricoler, à  s’exprimer, à  façonner, à  peindre d’une nouvelle façon, et surtout en toute liberté. Comme les peintres qui, il y a un siècle parcouraient les campagnes, ils parcourent le monde et jouent des couleurs, des formes, des matières… premier contact.

Dans son travail cinématographique comme dans sa production photographique, Jacques Perconte explore les paysages et les corps, il se balade, capture cherche la lumière et la saisit à  chaque coup de coeur. Il collectionne les images. Mais à  la différence de beaucoup, il ne les abandonne pas une fois qu’il les a ramenées dans son atelier. C’est là  que prend place le processus de transformation déjà  enclenché dans son imagination alors qu’il tenait l’appareil et capturait le réel. Les images visionnées sur différents moniteurs vont prendre différentes apparences, les couleurs sont plus vraies que nature, les rouges étonnants, les verts brillants, les bleus surnaturels, les textures sont presque irréelles, plus on se rapproche du détail capturé, plus il parle de peinture. Ces moyens qu’il utilise pour enregistrer les images, ses caméras digitales, ses appareils photos numériques fixent sur le support une image qui n’a rien d’analogique. Les paysages sont compressés, les formes interprétées, les couleurs calculées : ce qui est sauvegardé est une interprétation plus ou moins fidèle de ce qui a été, ces images ont une matérialité propre, une réalité physique différente de celle du modèle, c’est une des composante fondamentale du travail de Jacques Perconte, il va révéler cette qualité qui n’est qu’un défaut pour beaucoup d’autres, la saisir et la sublimer.

La première fois que j’ai vu ses images j’ai effectivement pensé à  la peinture, à  plusieurs styles, à  plusieurs courants, des fois à  certains noms, mais il n’y a pas de référence, on oublie vite ce qu’on aurait pu croire voir et reconnaître. L’expérience esthétique, cela faisait longtemps que je n’y avais pas pensé. Je me rappelle de l’université, mes cours d’esthétique, des discours sur l’art. Mais je ne m’attarde pas à  tergiverser, les pensées s’échappent, la couleur me rappelle à  l’ordre. La première fois que j’ai vu ses images cela m’a pris beaucoup de temps. Quelque soit leur taille, elles sont immenses. Les ondes lumineuses se propagent au-dessus de l’atmosphère. J’ai eu l’impression de pénétrer lentement dans un élément fluide extrêmement subtil… Quelle place donne-t-on à  de telles pratiques aujourd’hui où le temps compte plus que tout, où l’image a pour principale mission d’être un vecteur d’efficacité, qu’une certaine culture consumériste fait et défait les modes de l’art contemporain en y injectant tout est n’importe quoi ?

 

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